Gêne éthique


L’idée de recourir à un don de gamète pose forcément la question de la génétique. Dans le cas du don d’ovocytes, il prend une dimension un peu différente que lors du don de sperme, car la « receveuse » (ouh quel vilain mot, mais que je vais continuer d’utiliser ici dans un soucis de clarté) va quand même porter, nourrir et faire grandir l’enfant en son sein (façon de parler), un enfant qui n’aurait jamais existé non seulement sans le mélange des cellules souches de base (l’ovule et le spermatozoïde), mais aussi sans cette nourriture maternelle qu’il recevra durant les quelques mois de la gestation.

Etre Parent

Dès lors, c’est quoi, une mère, un père ? Quelle est la place de la génétique dans la parentalité ?

On voit bien l’exemple avec les enfants adoptés : ils ont beau n’avoir aucun lien génétique avec leurs parents d’adoption, n’avoir pas grandi dans le ventre de leur nouvelle mère, ils deviennent et se sentent les enfants de ces derniers. Même si certains cherchent à connaître leurs origines génétiques, c’est généralement plus par curiosité et besoin de savoir d’où ils viennent que par rejet de leur famille adoptive. Chaque histoire est bien entendu différente, mais les enfants adoptés sont la démonstration que la génétique ne fait ni les enfants, ni les parents. Un parent, c’est avant tout la somme de l’éducation, de l’environnement et de la cellule familiale.

Dès lors, une « receveuse » de don d’ovocytes est incontestablement une mère. C’est aussi à mon sens la mère biologique, car sans son apport nourricier l’embryon ne deviendrait pas un foetus, et le foetus ne deviendrait pas un enfant, un enfant qu’elle porte pendant neuf mois et dont elle accouche. Ce qu’elle n’est pas, c’est ce que je nommerais la mère génétique au sens strict : elle n’a pas apporté sa moitié de capital génétique qui a permis la rencontre des deux cellules du père et de la mère et la division de celles-ci.

Néanmoins, les dernières recherches tendent à montrer que la receveuse n’est pas « que » la nourricière, et en quelque sorte, il me plaît de penser qu’elle apporte aussi une partie de sa génétique et qu’elle est donc une mère génétique également, mais au sens plus large que celui qui est habituellement sous-entendu par cette expression. Les deux phénomènes qui nous intéressent ici sont le microchimérisme et l’épigénétique.

Le Microchimérisme

On a longtemps cru que le placenta isolait complètement le foetus de sa mère, et qu’à part les échanges sanguins entre ces deux derniers et le placenta, il n’y avait pas d’échange cellulaire direct entre la mère et l’enfant.

Le chimérisme, constaté en premier lieu chez les jumeaux, est un phénomène par lequel des cellules de plusieurs êtres génétiquement différents se mélangent, quitte à fusionner. Il est ainsi arrivé d’avoir des individus ayant deux génomes différents dans des parties distinctes de leur corps, soit par un échange de cellule entre jumeaux, soit parce que deux oeufs fécondés implantés (par exemple par le biais de la Procréation Médicalement Assistée) ont fusionné lors de leur croissance.

Le microchimérisme est le même phénomène, mais concernant les cellules maternelles se mélangeant avec celles du foetus. L’on a en effet constaté qu’il y avait des échanges cellulaires entre la mère « porteuse » et son enfant par le biais du cordon ombilical, et que ces cellules étrangères génétiquement pouvaient rester de longues années dans les sangs à la fois de la mère et de l’enfant, et parfois jusqu’à l’âge adulte :

« Le microchimérisme se définit par la persistance en faible quantité dans un organisme, de cellules ou d’ADN provenant d’un autre individu. La grossesse en est la principale cause.

Le transfert cellulaire transplacentaire est un phénomène fréquent, bidirectionnel et probablement physiologique et les cellules transférées peuvent persister à long terme (décennies) dans le sang ou divers tissus. Il peut donner lieu au microchimérisme fœtal (transfert fœtomaternel) ou maternel (transfert maternofœtal).

La nature des cellules impliquées dans le microchimérisme fœtal est incomplètement connue : il pourrait s’agir, au moins en partie, de cellules progénitrices, capables d’autorenouvellement et de différenciation spécifique selon le tissu dans lequel elles se trouvent.

Les cellules fœtales peuvent être recrutées dans divers tissus maternels lésés (maladies auto-immunes, stroma de diverses tumeurs associées à la grossesse) mais leur rôle biologique précis est incertain. Le microchimérisme a été impliqué dans certaines maladies auto-immunues (comme la sclérodermie systémique) mais les hypothèses actuelles sont plutôt en faveur d’un rôle potentiel de réparation tissulaire.

Des constatations similaires ont été faites dans le cadre du microchimérisme maternel (à l’exception de la dermatomyosite juvénile, en rapport avec un transfert probable d’effecteurs immuns maternels). »

Source : Elsevier

Comme le précise la source mentionnée ci-dessus, le rôle exact de ce transfert de cellules est peu connu à l’heure actuelle. Toutefois, la mère porteuse ou receveuse contribue bien, d’une certaine manière, à une partie du développement génétique du foetus. Il est donc faux de dire qu’elle n’est génétiquement pas liée au foetus.

L’épigénétique

L’épigénétique, c’est le nouveau grand champ à découvrir dans la science de la génétique après le séquençage du génome humain. Pour reprendre une analogie que j’ai lue dans cet article du Times Magazine, si l’ADN est le « hardware », le support physique qui constitue notre être génétique, l’épigénétique est le « software » , ou la partie logicielle, qui va activer ou non une partie de cet ADN. Pour résumer, notre ADN est constitué d’une multitudes de gènes qui ne seront pas exprimés et qui resteront dormants, et d’autres qui seront activés. Ce sont des facteurs épigénétiques qui vont les activer (ou non). C’est entre autres ce qui explique les différences entre jumeaux monozygotes (les vrais jumeaux) au cours de leur développement.

Ce n’est pas forcément au niveau du développement foetal que ces gènes s’expriment : cela peut arriver après la naissance, en réponse à l’environnement, mais aussi à l’historique familial des parents et à leur propre patrimoine génétique. Néanmoins, une partie de cette programmation est déjà dans l’ovocyte (de la donneuse le cas échéant), mais semble se faire également durant la grossesse, si par exemple la mère est stressée durant cette période, ou durant l’allaitement où certaines protéines du lait maternel vont exprimer certains gènes du nourrison.

« It is these epigenetic « marks » that tell your genes to switch on or off, to speak loudly or whisper. It is through epigenetic marks that environmental factors like diet, stress and prenatal nutrition can make an imprint on genes that is passed from one generation to the next. »

Source : Time Magazine

« Epigenetics is a new (well to some of us!) buzzword in the field of egg donation for conception. Essentially Epigenetics refers to factors outside the gene, such as a cell’s exposure to hormones or genetic variations that can modify a gene. Such factors can change what is ultimately expressed; they can change a phenotype i.e.: they can alter what an organism looks like as a consequence of the interaction of its gene AND the environment. In terms of conception via egg donation that environment begins with the womb of the birth mother. Some examples include hormone and reproductive factors in a woman that may influence the chances of breast and ovarian cancer. These factors are believed to be linked to a woman’s exposure to estrogen and progesterone and their effects on cell differentiation in the breast that occur during pregnancy.

Conventional science has historically linked cell behaviour to the genes present. Latest research suggests however that cells send out signals unique to an individual that I turn receives signals from the outside. This is specifically interesting for birth mothers where it appears our identities may be formed in the womb, linked to an exterior field of energy.

World Epigenetics studies are now focusing on how donor conceived babies DNA may actually be expressed based on the woman who carries that baby. The study of Epigenetics reveals that our lives are more than the sum of our inherited genes. During growth in the womb and after birth differences begin to reveal themselves due to specific genes being active in some people and non-active I others. There are a number of reasons for certain genes to be active and others not including the way the hosts body functions, lifestyle and how we think and feel – our emotions and reactions. The world of babies conceived via egg donation it’s the woman carrying the baby at the conception of life that starts the process of which genes are active and non-active. The birth mother helps shape the baby she carries from the moment that embryo is implanted in her uterus. »

Source : Gift Of Life

Tout cela confirme au moins deux choses : la mère « porteuse » (ou receveuse) a un impact bien plus grand que le simple apport nutritionnel. Sa personnalité, son alimentation, son passé personnel peuvent enclencher ou déclencher certains marqueurs génétiques sur l’embryon et le foetus plus tard. Elle est donc, dans un certain sens, tout autant la mère « génétique » que la donneuse. On pourrait donc plutôt dire qu’une receveuse d’un don d’ovocyte n’est pas la « mère chromosomique » de l’enfant à venir, mais je ne sais pas très bien si cela signifie encore quelque chose.

Ce qui est absolument sûr, c’est que les mystères de la vie n’ont pas fini de nous surprendre.

Note : Je ne suis pas médecin, ni biologiste, ni généticienne, etc. Bref, ce billet reflète ma compréhension de certains concepts qui me semblent passionnants mais cette compréhension est peut-être erronée.

Illustration : WiddowQuinn (Flickr)

Voir aussi :

Microchimérisme foetal : état des connaissances et perspectives (2006)

Quand l’environnement module l’expression des gènes

DNA is not Destiny (Discover Magazine, 2006)

Women who give birth to donor egg babies are the biological moms (July 2009)

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2 commentaires

  1. Bonjour,
    Je viens d’avoir 47 ans le 1er juin et j’ai un très grand désir d’enfant.
    Puis-je encore porter un enfant et avoir des ovocytes suffisamment bons à mon âge ?
    Mon conjoint a 45 ans.
    Bien cordialement,
    Merci

    • Bonjour,

      Je ne suis pas médecin, et donc je ne peux répondre à votre question.

      Vu votre âge il est toutefois possible que vous soyez en pré-ménopause, voire en ménopause complète. Dans ce cas-là, un don d’ovocytes serait envisageable (les cliniques espagnoles acceptent les patientes jusqu’à 50 ans).

      Votre conjoint devra probablement faire tester la qualité de son sperme via un spermogramme, et si celle-ci est insuffisante, il faudrait recourir à un double don (ovocytes/sperme), ce que la plupart des cliniques proposent également.

      Bonne chance pour la suite de votre parcours.

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