Le don d’ovocytes – Réflexions


Je pourrais comparer les deux dernières semaines à un tour de grand huit qui n’en finit pas, avec ses hauts, ses bas, ses moments forts et ses moments de déprime.

C’est très dur à vivre, psychologiquement et physiquement. Mais c’est un travail nécessaire.

Depuis ma fausse, couche, mon compagnon et moi continuons nos essais afin de parvenir à une grossesse naturelle. Nous n’avons pas voulu attendre après la fausse couche, comme cela est parfois conseillé par les médecins, néanmoins aucun test positif n’est venu éclairer l’horizon, malgré 4-5 jours de retard sur le premier cycle et 1-2 sur le second.

Pour le deuxième cycle, j’avais le secret espoir que cela marche mais après notre visite chez la spécialiste, j’arrivais à peine à me réjouir d’une éventuelle grossesse. Au point que je me demandais si j’allais considérer cela comme une bonne nouvelle. Au final, ces questions se sont résolues avec l’arrivée de mes règles, qui ces temps me semblent beaucoup moins longues : très douloureuses le premier jour, mais presque plus rien les 2-3 jours suivants. Un signe que la date fatidique — la ménopause — approche ?

Donc finalement, non, je ne tombe pas enceinte aussi « facilement » que le cycle de juin semblait l’indiquer. Était-ce un petit miracle de la nature que ce début de grossesse naturelle ? Un sursaut du corps avant de se résigner ?

Je prends rendez-vous avec ma gynécologue et lui demande si elle me suivrait dans l’optique où j’opterais pour le don d’ovocytes. Parce que cela se fera forcément à l’étranger, et que j’aurai besoin d’examens complémentaires avant d’aller de l’avant. Par chance, elle accepte de me soutenir si je pars dans cette direction. C’est déjà une épine de moins pour la prise de décision.

J’ai contacté quelques cliniques en Espagne qui pratiquent le don d’ovocytes. Histoire de me renseigner sur les coûts et les procédures. Car il ne faut pas se leurrer, c’est un business, même si l’on cherche à nous convaincre du contraire. Et un business qui doit rapporter, si l’on en croit le nombre de cliniques qui pullulent dans la péninsule ibérique et d’autres pays alentours.

Tourisme médical forcé ?

En Suisse, le don d’ovocytes n’est pas autorisé. Je pourrais le comprendre si le don de sperme ne l’était pas non plus. Mais, et c’est là que le bât blesse, ce dernier est autorisé. Certes, à des conditions assez restrictives (le couple doit être marié par exemple), mais le couple infertile pour une cause masculine peut trouver une solution en Suisse.

Pour le don d’ovocytes, rien de tout cela : les couples sont donc forcés de se rendre à l’étranger, et même si les résidents suisses ne sont pas forcément la principale clientèle de ces cliniques, ils sont nombreux à franchir le pas. Et les médecins suisses, voire même les hôpitaux cantonaux, n’hésitent pas à y envoyer leurs patients et même de faire des recommandations pour le choix des cliniques.

La grande difficulté donc pour ces couples — comme pour nous — est de choisir LA bonne clinique, et faire un choix relève du casse-tête chinois. A priori je regarde en Espagne, parce que je pense que cela offre une certaine garantie, ce n’est pas trop loin, les prix sont « raisonnables » tant pour le séjour que pour le traitement — et il faut imaginer qu’il peut être nécessaire de revenir si la première tentative échoue.

Toutes ces cliniques semblent offrir à peu près les mêmes prestations, et s’il y des différences du côté des techniques utilisées, ce n’est pas le patient qui pourra évaluer la qualité et de la compétence des biologistes ou si la clinique en question a vraiment le matériel de pointe qui permet d’optimiser les chances (elles prétendent bien entendu toutes qu’elles sont à la pointe de la technologie). Ce qui est vrai, c’est que l’Espagne en général a une grande avance sur de nombreux pays Européens sur la question, justement parce qu’elle a des lois un peu moins restrictives.

Mais franchement, si j’avais le choix ou la possibilité d’un traitement ici en Suisse, je n’irai pas à l’étranger. Je préférerais nettement me faire suivre ici.

Le don et la donneuse

Le don d’ovocyte n’est malheureusement pas un acte anodin ou aussi facile que la collecte de sperme.

Les cliniques tentent de banaliser cet acte, mais je ne veux pas me voiler la  face en me disant que ce n’est pas grand-chose. La donneuse doit subir les mêmes traitements que les femmes qui sont stimulées en vue d’une fécondation in vitro (FIV), ce qui implique donc les mêmes injections d’hormones, la stimulation ovarienne, laquelle peut mener à une hyper stimulation et peut être mortelle si mal cadrée, sans oublier la ponction qui même si c’est un acte chirurgical léger, reste un acte chirurgical qui comporte des risques (notamment d’hémorragies). On ne connait pas les effets à long terme de telles médications, et je me demande dans quelle mesure les donneuses sont effectivement informées des risques pour elles, et même pour leur propre fertilité dans le futur. Là aussi les cliniques se veulent rassurantes, mais leur intérêt est d’attirer les donneuses, pas de les faire fuir.

Les donneuses, justement. On nous fait croire que le don est un geste altruiste et que toutes les donneuses sont de jeunes étudiantes volontaires.

Je trouve normal que les donneuses soient dédommagées pour les traitements qu’elles subissent (ce n’est quand même pas à elles de les payer !) ou des déplacements qu’elles doivent faire. Je trouve même normal qu’elles reçoivent une compensation monétaire, pour la peine occasionnée. Ce n’est pas forcément le cas partout; en France notamment, la donneuse ne reçoit rien, et cela explique entre autres (mais ce n’est pas la seule raison) pourquoi de nombreuses françaises se rendent elles aussi en Espagne alors que le don d’ovocytes est autorisé dans leur pays.

Ce que je trouve déjà moins normal, c’est que si l’on compare les cliniques, elles demandent des montants différents à la fois pour les traitements, mais également pour la compensation.Cela peut aller de 1000€ à bien plus (j’ai vu plus de 3000€ dans mes recherches, et pourtant je n’ai pas contacté beaucoup de cliniques), et je m’interroge sur ces différences. Je ne me fais pas d’illusions, la plupart des donneuses, en Espagne par exemple, le font pour l’argent. 1000€ et plus, dans un pays qui frôle la crise, où les ménages sont endettés et où le taux de chômage croit quasi-exponentiellement, c’est toujours bon à prendre pour une vingtaine de jours de traitements et une petite intervention. Je me doute bien que les donneuses ne sont pas toutes des étudiantes qui cherchent à financer leurs études. Il y a aussi des mères de famille qui y voient un moyen de boucler les fins de mois. Et je me sens coupable de profiter de leur détresse.

Les donneuses ne sont pas toutes espagnoles non plus. Et lorsque je vois des dédommagements qui se montent à 3000€ et plus, je ne peux m’empêcher de penser qu’on fait venir des donneuses de pays exotiques (ou de l’Europe de l’Est) pour répondre à la demande. Et là, ça sent de plus en plus le trafic.

Je suis sûre qu’il y a des donneuses qui le font purement par altruisme. Et d’autres qui le font pour l’argent mais qui savent que leur geste va peut-être permettre à une famille de se créer. Et que je recoure ou non au don, je les remercie toutes du fond du coeur.

L’anonymat

Chaque pays a ses propres règles en ce qui concerne l’anonymat des donneurs.

En Suisse, pour le don de sperme, le donneur est anonyme mais l’enfant peut retracer ses origines à sa majorité. Je trouve que c’est un bon compromis, et c’est ce que j’aimerais pouvoir aussi offrir à mon enfant, si je devais passer par le don d’ovocytes.

Je n’ai personnellement pas envie de connaître la donneuse ou de la rencontrer, mais je souhaiterais avoir quelques informations sur elle, sur ses motivations, sa vie; des détails qui ne sont pas forcément de nature à révéler son identité mais plutôt à cerner sa personnalité.

Malheureusement, dans la plupart des pays européens, le don est strictement anonyme, sans possibilité de tracer le donneur (l’Angleterre est une exception à l’heure actuelle). J’ai l’intention de dire à mon enfant d’où il vient, qu’il est issu d’un don, et pourquoi j’ai fait ce choix (c’est d’ailleurs aussi une de mes raisons pour écrire ce blog), mais je suis inquiète de ne pas pouvoir lui répondre lorsqu’il voudra en savoir plus sur son origine génétique.

Les cliniques espagnoles sont toutes très avares d’informations au sujet des donneuses, se cachant derrière la loi, alors que celle-ci n’interdit pas de donner des détails sur la donneuse. J’avoue que c’est une des choses qui me bloque le plus par rapport au don d’ovocytes à l’heure actuelle.

Alors je pourrais aller ailleurs. Aux Etats-Unis, le don peut être anonyme ou non (on peut même choisir son donneur ou sa donneuse, ce qui selon moi est tout aussi redoutable que de ne rien en connaître), et l’enfant peut retracer ses origines génétiques. Mais les prix sont exorbitants, donc c’est une solution qui m’est tout simplement inaccessible.

Une cellule comme une autre ?

Beaucoup (les cliniques, les médecins) tentent de convaincre leur patient/e qu’ils ne reçoivent rien d’autre qu’une cellule, et qu’en réalité le don d’ovocytes (ou de sperme) n’est qu’un don similaire à celui du don de sang. D’autres le comparent au don d’organes. Je nie ces deux visions; c’est beaucoup plus que l’un mais moins que l’autre.

Le don de sang peut sauver des vies, c’est un transfert de cellules d’un corps à un autre, mais il ne créé par la vie. Il ne transfère pas les gènes du donneur à une vie en devenir. Le don de gamètes va constituer la moitié du capital génétique d’un enfant (ou même la totalité dans le cas d’un double don), ce n’est pas juste une transfusion sanguine.

D’un autre côté, le don de gamète n’est pas non plus comparable à un don d’organes. Déjà, il est prélevé sur un donneur sain et vivant (ce qui n’est pas la norme du don d’organes), et le don reste une cellule qui n’est pas non plus un enfant ou un embryon : sans l’apport de l’autre parent, sans la rencontre entre ces deux ADN et  sans sa croissance dans le ventre de la mère réceptrice, cette vie n’existerait pas. C’est un petit bout d’ADN que l’on prend, l’ADN d’un donneur, mais fondamentalement ce n’est rien de plus (ni de moins) non plus.

Je reviendrai sur le sujet du don d’ovocytes, qui est loin d’être « réglée » dans mon esprit. Je ne sais pas du tout si finalement, je choisirai cette voie ou non. Mais je ne veux pas me dissimuler la réalité, qui n’est pas toujours aussi jolie que ce les beaux laboratoires brillants et modernes des cliniques cherchent à nous faire croire.

Je ne peux m’empêcher de penser que quelqu’un va profiter de mon désir d’enfant pour s’enrichir, et de m’interroger sur le futur; comment mon enfant comprendra-t-il mon geste, m’en voudra-t-il de choisir une voie qui lui interdira (vraisemblablement) de retracer ses origines génétiques ? Ou s’en fichera-t-il ?

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1 commentaire

  1. Bonjour, votre blog me fait également réfléchir , j’ai 44 ans et j’envisage de faire un enfant. Je comprends vos doutes car je les ai aussi, mais je me dis qu’aujourd’hui nous sommes dans un monde qui évolue si vite que dans quelques années, on ne se posera plus de questions… Pour ma part je souhaite avoir un enfant car j’ai envie de transmettre, j ai envie d’être mère, j’ai passé ma vie au travail et à m’occuper des autres j’ai envie d’avoir un enfant et si aujourd’hui à mon âge des possibilités existent, je pense qu’il faut les saisir. Pour ce qui est de mon enfant je lui dirai tout, avec des mots d’amour .Bonne chance à vous,

    Ansala

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