Chez la spécialiste de l’infertilité


Nous sommes le 15 septembre.

Aujourd’hui est le jour de notre visite chez la spécialiste de l’infertilité qui m’a été recommandée par ma gynécologue. Le rendez-vous est l’après-midi, aussi toute la matinée je ne pense qu’à ça.

Impossible de me concentrer sur quoi que ce soit. Cet après-midi, je saurai. Ou pas.

La spécialiste est connue dans ma ville, elle a une très bonne réputation. Mais j’ai peur. Avec tout ce que j’ai lu, curieusement, la chose que je crains le plus c’est qu’elle me propose de suivre un traitement de FIV avec mes propres ovules, qui sera coûteux (ce n’est pas remboursé en Suisse), douloureux (les injections ne sont jamais une partie de plaisir) et qui aura peu de chances d’aboutir. J’ai peur de m’embarquer dans une histoire qui m’entraînera plus loin que ce que je suis prête à subir.

Arrive l’heure de la consultation. La doctoresse, très sympathique, m’expose quelques statistiques. Elle me présente des graphiques avec de belles courbes (merci Excel), mais dont les chiffres sont révélateurs; déjà normalement les taux de grossesse naturelle sont bas dans mon cas (5%), mais il sont encore plus bas en relation avec mon taux de FSH. Mais une fois enceinte, les statistiques d’arriver à une grossesse normale et à terme sont encore plus réduites, selon les graphiques : 2-3%. Et 2-3% de 5%, ça je fait pas beaucoup non ?

Elle me présente un autre graphique, celui des grossesses menées à terme avec don d’ovocyte : 60-65%. Le même taux que pour une femme de 30 ans !

Rationnellement, si l’on oppose 5% ou moins à 60-65% de chances d’avoir un enfant au bout du voyage, qui hésiterait ?

Elle ne me propose donc pas de traitement; cela ne servirait à rien. Elle n’exclut pas la possibilité d’une grossesse naturelle, mais comme je le suspectais, elle estime que c’est très improbable.

Il me reste donc trois possibilités : renoncer, adopter ou le don.

Je n’ai pas demandé la source de ses statistiques, mais j’aurais dû, en y réfléchissant par la suite. Car au final, on fait dire aux statistiques ce que l’on veut : tout dépend de l’échantillon utilisé, de la manière dont l’étude est menée etc.

Je ne suis pas une statistique. Je suis un être humain, un être de chair et de sang, qui espère un peu naïvement — mais consciente de cette naïveté — qu’elle sera l’exception à la règle. Mais je sais que je ne serai pas l’exception, parce que je suis seulement une femme de 42 ans qui a un peu trop attendu.

Je sors de la consultation à la fois soulagée et effondrée. Soulagée parce que je ne ferai pas de traitements lourds pour tenter d’obtenir une grossesse avec mes propres ovules. Effondrée parce que du coup, mes options sont réduites et que je viens de recevoir la confirmation de mes doutes.

Mon Homme et moi allons boire une verre sur une terrasse bien ensoleillé après le rendez-vous — il fait un temps superbe, on se croirait presque en juillet. Nous discutons de nos options, nous débattons de ce que le médecin nous a dit, de ce que nous voulons faire. Cela fait du bien d’en discuter, et je réalise aussi à quel point c’est bon d’avoir un compagnon qui soit si ouvert d’esprit. Que j’ai de la chance de l’avoir, lui. Ce n’est pas nouveau, mais c’est dans les moments difficiles que l’on a tendance à ouvrir les yeux.

Au final, je ne conteste pas ce que m’a dit le médecin. J’étais arrivée aux mêmes conclusions.

En accepter les conséquences –vraiment —  est une toute autre histoire.

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