Le Nuage


Je passe deux semaines sur un petit nuage.

Passé le « choc » de la nouvelle de ma grossesse naturelle, je commence à me faire à l’idée, mon compagnon aussi.

Sa famille est informée, la mienne non; je ne sais pas si je n’arrive pas encore à y croire ou si je pêche par excès de prudence.

Mon corps réagit déjà, je sens que ça se met en place, je suis d’ailleurs surprise de sentir autant mon corps changer. Un étrange sentiment de plénitude m’envahit. Je sais que ça peut sembler bateau, et ça l’est sans doute, mais je me sens pleine au sens littéral du terme; riche de la vie. C’est encore très tôt mais je suis très fatiguée et le moindre effort m’épuise. J’ai des crampes, je dors peu;  je ne dirais pas que c’est une partie de plaisir. Et pourtant, je me sens bien. J’ai l’impression d’être faite pour ça — et en réalité, toutes les femmes le sont. Je suis unique dans ma normalité, je commence à découvrir la fameuse « bulle » dans laquelle s’enferment souvent les femmes enceintes. Un retour sur soi, sur son monde intérieur et sur les mystères de la vie.

Les belles histoires qui commencent bien peuvent finir bien, mais elles peuvent aussi s’achever mal. Un jour, je note quelques traces de sang. Je ne m’alarme pas trop, j’ai lu à de nombreux endroits (forums, littérature) que tant que cela n’étaient pas des pertes rouges et abondantes, il ne faut pas s’inquiéter. Par précaution, j’appelle quand même les urgences, qui me disent que si cela continue, il faudra que je passe. Mais je suis prévenue : il y a au moins cinq heures d’attente.

Pas de chance, ma gynécologue est en vacances. Je me résous quand même à appeler sa remplaçante, qui suggère d’attendre le lendemain. C’est top en plus, c’est un samedi.

La gynécologue « de remplacement » me rappelle le lendemain pour me demander comment cela va — et force est d’admettre que cela ne va pas mieux. Rendez-vous est donc pris, nous passons à son cabinet et échographie directe. Il y a bien  un sac vitellin, mais c’est encore petit. Normal, on est qu’à 4 semaines et demi de grossesse. Elle ne peut nous dire comment cela va évoluer. Mais au fond de moi-même, je suis très pessimiste, même si je m’accroche à la possibilité que cela ne soit qu’un accident de parcours, comme cela peut arriver, et que tout va revenir dans l’ordre.

Malheureusement mon intuition sera la bonne, je suis bien en train de faire une fausse couche. La chute du petit nuage est douloureuse, tant physiquement qu’émotionnellement. Et pourtant, je le sais que c’est un risque que j’ai pris, qu’à mon âge, il y a beaucoup plus de fausses couches que pour une femme plus jeune. Et ce que je sais aussi, c’est que malgré tout ça,  j’ai envie de m’y remettre de suite.

Oui, les femmes sont parfois masochistes.

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